En Suisse, les frais accessoires (Nebenkosten) représentent souvent une part significative du coût du logement. Leur gestion est strictement encadrée par le Code des obligations (CO) et l'OBLF. Ce guide présente les règles applicables, fondées sur les textes légaux en vigueur.

Définition légale des frais accessoires

Article 257a CO : la base légale

Selon l'article 257a du Code des obligations, les frais accessoires sont les dépenses effectives du bailleur liées à l'usage de la chose louée ou à des prestations fournies dans ce cadre. Ils peuvent inclure des contributions publiques découlant de l'usage de la chose.

Article 257b CO : précisions pour les logements

L'article 257b CO précise que pour les baux d'habitation, les frais accessoires comprennent notamment les frais de chauffage, d'eau chaude et autres frais d'exploitation, ainsi que les contributions publiques résultant de l'usage.

Le principe fondamental : base contractuelle obligatoire

C'est la règle cardinale du droit suisse : seules les charges expressément mentionnées dans le contrat de bail peuvent être facturées au locataire. Si une catégorie de frais n'est pas prévue dans le bail, le bailleur ne peut pas la répercuter, même si elle est courante dans la pratique.

Cette règle implique que le bail doit lister précisément les types de frais accessoires mis à la charge du locataire. Un bail qui se contente d'indiquer "frais accessoires en sus" sans détailler les postes peut être insuffisant.

Les catégories de frais accessoires récupérables

Frais de chauffage et d'eau chaude

Il s'agit des charges les plus courantes dans les immeubles locatifs suisses :

  • Combustible (mazout, gaz) ou énergie de chauffage (chaleur à distance)
  • Entretien courant de l'installation de chauffage
  • Ramonage et contrôles réglementaires
  • Consommation d'eau chaude sanitaire

Frais d'eau froide et d'évacuation

  • Consommation d'eau froide
  • Taxes d'épuration et d'évacuation des eaux usées
  • Entretien des installations sanitaires communes

Entretien des parties communes

  • Nettoyage des escaliers, couloirs et entrées
  • Entretien de l'ascenseur (consommation et maintenance courante)
  • Éclairage des parties communes
  • Entretien du jardin et des espaces verts
  • Déneigement des accès communs

Autres frais accessoires possibles (si prévus au bail)

  • Taxe communale d'enlèvement des ordures ménagères
  • Frais de conciergerie ou de gardiennage
  • Abonnement à la télévision câblée ou numérique collective
  • Assurance bâtiment (selon les pratiques cantonales)

Ce qui ne peut pas être mis en charges

Certains frais restent exclusivement à la charge du bailleur, quelle que soit la clause du bail :

  • Travaux de rénovation et d'amélioration : ils augmentent la valeur du bien et ne constituent pas des frais accessoires
  • Contributions au fonds de rénovation de la PPE : réserve pour travaux futurs, à charge du copropriétaire-bailleur
  • Frais d'administration de la PPE : honoraires de l'administrateur PPE
  • Frais de mise aux normes légales : conformité aux réglementations

Le décompte annuel de charges

Obligation du bailleur

Lorsque les charges sont facturées sous forme d'acomptes, le bailleur a l'obligation légale d'établir un décompte annuel des charges effectives. Ce décompte doit être remis au locataire dans un délai raisonnable après la fin de la période de décompte (généralement dans les six à douze mois).

Le décompte doit présenter :

  • Le détail de chaque poste de charge avec les montants réels
  • La clé de répartition appliquée entre locataires
  • Le total des acomptes versés par le locataire
  • Le solde à régulariser (remboursement ou paiement complémentaire)

Les clés de répartition

La répartition des charges communes entre plusieurs locataires peut se faire selon différentes clés :

  • Surface habitable (en m²) : la méthode la plus courante
  • Nombre de pièces : utilisée notamment pour le chauffage
  • Compteurs individuels (eau froide, eau chaude, chauffage) : méthode la plus précise et équitable
  • Parts PPE (pour les copropriétés par étages)

Droit de vérification du locataire

Le locataire a le droit de consulter les pièces justificatives du décompte (factures de combustible, factures d'entretien, relevés de compteurs). Le bailleur doit les mettre à disposition sur demande. En cas de contestation, le locataire peut saisir l'autorité de conciliation dans les 30 jours suivant la réception du décompte.

Acomptes ou forfait

Le système d'acomptes (dominant en Suisse)

Le locataire verse chaque mois un acompte estimé sur la base des charges prévisibles. En fin de période, un décompte annuel régularise la situation. C'est le système le plus transparent et le plus répandu dans les immeubles locatifs suisses.

Le système forfaitaire

Bailleur et locataire peuvent convenir d'un forfait mensuel fixe couvrant l'ensemble des frais accessoires. Aucun décompte n'est établi et le forfait est définitivement acquis au bailleur. Le forfait doit correspondre à une estimation réaliste des charges effectives ; un forfait manifestement disproportionné peut être contesté devant l'autorité de conciliation.

Liens avec le taux hypothécaire de référence

Lorsque les acomptes de charges sont intégrés dans un loyer global (loyer "charges comprises"), une adaptation des frais accessoires peut être demandée indépendamment du mécanisme lié au taux hypothécaire de référence (actuellement à 1,25 % au 3 mars 2026). Les hausses de charges peuvent justifier une hausse du forfait ou des acomptes, distincte d'une hausse de loyer proprement dite.

Résolution des litiges

Charges non prévues au bail

Si le bailleur facture des frais non mentionnés dans le contrat, le locataire peut refuser de les payer. L'autorité de conciliation tranche en cas de désaccord, sans frais de procédure dans la plupart des cantons.

Décompte absent ou tardif

En cas d'absence de décompte dans un délai raisonnable, le locataire peut mettre le bailleur en demeure par courrier recommandé. Si aucun décompte n'est fourni, le locataire peut demander la restitution des acomptes versés devant l'autorité de conciliation.

Contestation du montant

Tout désaccord sur le décompte doit être signalé dans les 30 jours. La contestation doit être formulée par écrit auprès du bailleur, puis, si nécessaire, auprès de l'autorité de conciliation en matière de baux et loyers.

FAQ

Puis-je facturer les frais de rénovation en tant que charges ?

Non. Les travaux de rénovation, d'amélioration ou de mise aux normes constituent des investissements à charge exclusive du bailleur. Seuls les frais d'entretien courant peuvent être répercutés en tant que frais accessoires.

Le locataire doit-il continuer à payer les acomptes si le décompte est en retard ?

Oui. Le locataire doit continuer à verser les acomptes prévus au bail. Mais il peut mettre le bailleur en demeure de fournir le décompte et, à défaut de réaction, saisir l'autorité de conciliation pour obtenir la restitution des acomptes ou la production du décompte.

Les charges de l'administrateur PPE sont-elles récupérables ?

Non. Les honoraires de l'administrateur PPE (copropriété par étages) constituent des frais de propriété que le bailleur-copropriétaire supporte seul. En revanche, les charges d'exploitation de la PPE (chauffage, eau, entretien courant) peuvent être répercutées.

Peut-on inclure l'assurance bâtiment dans les charges locataires ?

Cela dépend du canton et de la clause du bail. Dans certains cantons romands, l'assurance bâtiment peut être mise en charges si le bail le prévoit expressément. Il est recommandé de vérifier les usages locaux et de l'indiquer clairement dans le contrat.

Conclusion

La gestion des frais accessoires en Suisse repose sur un principe clair : seules les charges prévues au bail et correspondant à des dépenses effectives peuvent être facturées au locataire. Un décompte annuel transparent, appuyé de justificatifs, est l'outil indispensable pour une gestion sereine et conforme aux articles 257a et 257b du Code des obligations.

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